Débouchage canalisation à Bernissart : l’idée reçue sur les canaux et ce que les conduites rurales du Hainaut révèlent vraiment
Bernissart est connue dans le monde entier pour une découverte paléontologique exceptionnelle : en 1878, des mineurs ont mis au jour dans une charbonnière les squelettes de 38 iguanodons, devenus des pièces maîtresses de la collection du Muséum des Sciences naturelles à Bruxelles. Ce patrimoine fossile est une fierté locale — et une métaphore involontaire pour ce qu’on trouve parfois dans les canalisations de la commune : des accumulations anciennes, silencieuses, dont personne ne soupçonnait l’ampleur.
Bernissart est une commune du Hainaut occidental, traversée par deux canaux importants : le Canal Blaton-Ath au sud et le Canal Nimy-Blaton-Péronnes au nord. Ces voies navigables donnent à la commune un caractère particulier — un paysage plat d’eau et de prairies que peu de communes hainuyères peuvent revendiquer. Elles ont aussi une conséquence directe sur la nappe phréatique : dans les zones basses autour de Blaton, Harchies et Pommerœul, le niveau de la nappe est influencé par le niveau des canaux. En période de hautes eaux, les collecteurs enterrés des propriétés riveraines peuvent subir des contre-pressions.
La commune regroupe plusieurs villages : Bernissart-centre, Blaton, Harchies, Pommerœul, Ville-Pommerœul et Wiers. Le profil de bâti est essentiellement résidentiel individuel — des maisons de village construites principalement entre 1900 et 1975, avec des jardins et des installations de plomberie qui correspondent à cette période. Dans les noyaux anciens de Blaton et de Harchies, les conduites en grès ou en fonte des maisons d’avant 1950 n’ont souvent pas été entretenues sérieusement depuis leur installation.
L’idée reçue la plus fréquente à Bernissart est de croire que la présence des canaux rend les problèmes de canalisation inévitables ou impossibles à traiter. C’est inexact. Les canaux ne causent pas les bouchons — ils créent seulement une contrainte hydraulique dans les zones basses pendant les crues. Les bouchons réels, dans les maisons de Bernissart, viennent des mêmes causes que partout ailleurs : graisses dans les conduites de cuisine, accumulations de tartre dans les conduites en cuivre, racines dans les collecteurs extérieurs, fosses septiques non entretenues dans les villages plus ruraux.
Mercredi 9 avril 2025 — intervention rue des Fossés, à Blaton. Un propriétaire appelait parce que son évier de cuisine évacuait de plus en plus lentement depuis plusieurs mois. Il était convaincu que le problème venait du canal voisin — que le niveau de l’eau “remontait” dans ses tuyaux. La caméra introduite depuis le siphon a parcouru deux mètres de PVC propre, puis trouvé la jonction avec un tronçon en grès d’origine datant de la construction de la maison (1947). Sur ce tronçon en grès, entre le coude sous la cuisine et le regard extérieur, une couche de graisses solidifiées réduisait la section de la conduite d’environ 40 %. L’hydrocureur a nettoyé le tronçon en 30 minutes. Le canal n’avait rien à voir.
C’est cette confusion entre la géographie locale et les causes réelles des bouchons qui retarde souvent l’intervention à Bernissart. Le diagnostic — caméra d’abord, hypothèses ensuite — tranche ce type de débat en quelques minutes.



