Débouchage à Éghezée : ce que le plateau hesbignon révèle sur vos canalisations
Mardi 3 avril 2025. Un mardi matin, vers 9h15, nous recevons un appel depuis Waret-la-Chaussée. L’évier de la cuisine ne se vide plus depuis la veille. La propriétaire a essayé le bicarbonate, puis la ventouse, sans résultat. Ce n’est pas une situation exceptionnelle à Éghezée — c’est, à peu de choses près, la configuration type que nous rencontrons dans ce coin de Hesbaye namuroise plusieurs fois par semaine.
Ce qui distingue Éghezée des communes ardennaises voisines, c’est d’abord la géologie. La commune s’étend sur un plateau limoneux reposant sur un substrat calcaire, caractéristique du Pays Hesbignon. L’eau captée dans les nappes phréatiques de cette formation traverse des couches riches en calcium et en magnésium. Elle arrive au robinet avec une dureté qui se situe, selon les villages, entre 22 et 28 degrés français — ce que l’on classe comme eau dure à très dure. Cette eau dépose du tartre à l’intérieur des conduites. Pas de façon spectaculaire, pas du jour au lendemain. Mais régulièrement, sur des années, et dans des proportions qui varient selon l’âge du bâtiment et le diamètre des tuyaux.
La commune regroupe seize entités : Aische-en-Refail, Bolinne, Boneffe, Branchon, Dhuy, Éghezée, Hanret, Leuze, Liernu, Longchamps, Mehaigne, Noville-sur-Méhaigne, Saint-Germain, Taviers, Upigny et Waret-la-Chaussée. Chacun de ces villages a ses propres caractéristiques en matière de plomberie : le bâti varie des fermes liégenardes rénovées de Bolinne ou de Branchon aux maisons ouvrières des années 1950–1970 de Boneffe et Dhuy, en passant par les lotissements plus récents de Liernu et de Hanret. L’âge des canalisations, les matériaux utilisés et le type de sol — parfois argileux dans les zones basses proches de la Méhaigne — influencent directement la fréquence des bouchons.
Pour comprendre ce qui se passe dans une canalisation bouchée, il faut d’abord identifier le profil de l’obstruction. Une canalisation qui se bouche régulièrement n’a pas le même profil qu’une qui s’est bouchée une fois brutalement. Un bouchon en cuisine n’a pas la même origine qu’un bouchon dans un collecteur enterré. Ce travail d’identification précède toute intervention — et c’est là que le diagnostic prend tout son sens, avant même d’avoir sorti un outil.
Dans les années 1960 et 1970, les communes de la Hesbaye namuroise ont connu une vague de construction dense. Beaucoup de maisons construites à cette époque à Éghezée, Hanret ou Boneffe ont été équipées de canalisations en PVC ou en fonte selon les standards de l’époque — des matériaux qui fonctionnent encore, pour la plupart, mais qui n’ont jamais été conçus pour durer soixante ans sans entretien. L’absence de données précises sur l’état de ces réseaux est elle-même révélatrice : dans la majorité des cas que nous rencontrons, le propriétaire ne sait pas de quel matériau sont faites ses conduites, et encore moins depuis quand elles n’ont pas été curées. Ce manque d’information est souvent ce qui transforme un entretien courant en intervention d’urgence.
La Méhaigne, qui serpente à travers plusieurs villages de la commune, joue un rôle indirect sur les réseaux enterrés. Les terrains proches de son cours sont parfois moins bien drainés, ce qui crée des conditions favorables à l’infiltration de racines dans les canalisations enterrées. À Noville-sur-Méhaigne et à Taviers notamment, nous constatons régulièrement des bouchons d’origine racinaire dans des tuyaux en terre cuite ou en béton âgés de plus de cinquante ans. Les racines de peupliers et de saules, arbres répandus le long des berges, ont une capacité à exploiter la moindre fissure pour pénétrer dans un collecteur.
Un autre facteur propre à certaines entités d’Éghezée : la proportion de ménages non raccordés au réseau collectif. À Branchon, à Dhuy, à Longchamps et à Upigny, une partie des habitations dépend encore d’un assainissement autonome — fosse septique ou microstation d’épuration individuelle. Dans ces villages, les problèmes de canalisation ont souvent une dimension supplémentaire : quand la fosse se sature ou que les distances de rejet ne sont plus respectées, les tuyaux intérieurs subissent des contrepressions que l’on confond facilement avec un simple bouchon. Une vidange insuffisante de la fosse peut ainsi provoquer des refoulements que seul un professionnel saura distinguer d’une obstruction classique.




