Débouchage à Ellezelles : quand le bâti d’avant-guerre impose ses propres règles
Vendredi 11 avril 2025. Un propriétaire de Lahamaide nous appelle en milieu de matinée. Son évier de cuisine déborde depuis la veille au soir et la douche ne s’écoule plus. Il a essayé la ventouse — sans succès. En arrivant sur place, on constate rapidement que le problème ne vient pas d’un bouchon localisé : c’est toute une colonne de fonte qui s’est réduite à moins de 40 % de sa section utile. La maison date des années 1920. Ses canalisations, elles, n’ont visiblement jamais été curées.
Ellezelles est une commune qui se distingue par la jeunesse de son paysage et l’ancienneté de son bâti — une combinaison paradoxale, mais révélatrice. Le Pays des Collines, dont Ellezelles fait partie intégrante avec ses voisines Flobecq et Frasnes-lez-Anvaing, est un territoire de collines bocagères aux pentes prononcées, de vallons encaissés et de sols argilo-limoneux. Rien à voir avec les plaines calcaires de Hesbaye ou les plateaux secs de Condroz. Ici, le relief travaille les canalisations différemment : les pentes créent des vitesses d’écoulement variables, les fonds de vallée concentrent les eaux de ruissellement, et le sol argileux se dilate et se rétracte selon les saisons, sollicitant les joints de chaque tronçon enterré.
La commune regroupe trois entités : Ellezelles, Lahamaide et Wodecq. Ces trois villages totalisent environ 6 000 habitants sur un territoire de 45 km², majoritairement agricole et boisé. Ce qui frappe, du point de vue des canalisations, c’est le profil du parc bâti : près de 60 % des bâtiments de la commune ont été construits avant 1946. C’est l’un des taux les plus élevés de la province de Hainaut. Des maisons centenaires, souvent sans véritable mise à jour du réseau d’évacuation depuis leur construction. Certaines toitures en shed — vestige de l’époque textile qui a marqué la région au XIXᵉ siècle — abritent des ateliers reconvertis avec des réseaux sanitaires bricolés sur plusieurs générations.
Avant d’intervenir, nous évaluons toujours la situation globale du réseau. Un bouchon ponctuel dans une maison récente, c’est un cas simple. Le même symptôme dans une maison de 1925 à Wodecq, avec des colonnes en fonte, un collecteur en grès cérame et un raccordement au réseau public qui date peut-être des années 1960, c’est une autre affaire. La méthode d’intervention, les outils utilisés et la pression appliquée doivent s’adapter à ce que le réseau peut supporter — pas seulement à ce que le bouchon exige. C’est ce travail d’évaluation préalable qui distingue une intervention professionnelle d’un passage de furet à l’aveugle.
Le sol argileux du Pays des Collines joue un rôle direct sur la durée de vie des canalisations enterrées. L’argile gonfle en période humide et se rétracte lors des sécheresses estivales. Sur des tuyaux dont les joints ne sont plus parfaitement étanches — situation courante dans les bâtiments d’avant 1960 —, ces mouvements créent des micro-décalages répétés qui s’aggravent avec le temps. Un joint qui s’est légèrement écarté permet l’infiltration de racines fines, qui s’élargissent progressivement jusqu’à former un bouchon fibreux dense. Les peuples anciens, les haies et les arbres fruitiers des jardins de Lahamaide ou Ellezelles contribuent largement à ce phénomène racinaire, souvent invisible pendant plusieurs années avant de provoquer un blocage brutal.
L’eau distribuée à Ellezelles par la SWDE présente une dureté modérée à élevée, caractéristique du Hainaut nord. Le tartre se dépose progressivement sur les parois intérieures des conduites, réduisant leur section en silence. Dans les vieilles colonnes en fonte qui n’ont jamais été entartrées, ce phénomène peut atteindre des niveaux spectaculaires : des réductions de 50 à 60 % de la section d’origine ont été observées dans des maisons d’avant-guerre lors d’inspections caméra. À ces niveaux, l’écoulement est encore possible — mais à la moindre sollicitation (graisses, lingettes, racines), la conduite cède.



