Un territoire à cheval sur deux frontières, façonné par la sidérurgie
Aubange regroupe quatre sections issues de la fusion de 1977 — Aubange, Athus, Halanzy et Rachecourt — ainsi que plusieurs villages plus discrets : Aix-sur-Cloie, Battincourt et Guerlange. Un peu plus de 17 000 habitants, répartis sur un territoire coincé entre la France et le Grand-Duché de Luxembourg, au point que le tripoint frontalier se trouve littéralement à Athus, à quelques mètres des habitations les plus proches de la Chiers. C’est la troisième commune la plus peuplée de la province de Luxembourg, et sa démographie continue de croître, portée en partie par la proximité du Grand-Duché et de ses emplois transfrontaliers.
Ce n’est pas un hasard si la commune donne son nom à une formation géologique reconnue par les géologues : la Formation d’Aubange, un ensemble de calcaires gréseux ferrugineux et d’argiles datant du Jurassique, typique de cette pointe de Lorraine belge coincée entre deux cuestas — la cuesta charmouthienne au nord, la cuesta bajocienne au sud, qui marque aussi la frontière française. Le sous-sol y a longtemps livré la fameuse « minette », un minerai de fer pauvre mais abondant, extrait dès les années 1850 dans des fosses à ciel ouvert autour d’Athus, d’Autelbas et de Guerlange.
Cette minette a fait tourner les hauts-fourneaux d’Athus pendant plus d’un siècle, de 1872 à leur fermeture en 1977. L’usine employait, à son apogée, plusieurs milliers d’ouvriers, et la ville d’Athus s’est construite littéralement autour d’elle, rue après rue, au rythme des embauches. Le crassier, cette longue butte de scories qui longe encore la Chiers, reste aujourd’hui l’un des rares vestiges visibles de cette époque, avec le musée « Athus et l’Acier » installé dans les anciens locaux du terminal. À l’époque de l’usine, l’eau de la Chiers servait aussi au refroidissement des hauts-fourneaux, et les riverains se plaignaient déjà, au XIXe siècle, de la qualité de l’eau altérée par le lavage du minerai — un problème réglé depuis longtemps, mais qui rappelle à quel point l’histoire industrielle et la question de l’eau sont liées ici.
Cette histoire industrielle laisse encore des traces bien réelles dans la plomberie. Les cités ouvrières construites pour loger les métallurgistes, entre la fin du XIXe siècle et les années 1950, utilisaient des colonnes de WC en fonte ou en grès, dimensionnées pour l’époque — pas nécessairement pour l’usage actuel d’un foyer avec plusieurs salles de bain et un lave-linge branché sur la même évacuation. Beaucoup de ces logements ont changé plusieurs fois de propriétaire sans que la colonne d’origine soit jamais remplacée ni même inspectée. Un acheteur qui visite une de ces maisons voit rarement plus loin que la cuisine rénovée ou la toiture refaite — la colonne d’évacuation, elle, reste invisible jusqu’au jour où elle cesse de fonctionner correctement.
La commune est aussi traversée par plusieurs cours d’eau — la Chiers, la Messancy, la Vire, la Batte et le Brüll — qui se rejoignent tous vers le sud, à Athus, avant de franchir la frontière française vers Longwy. Les quartiers les plus proches de ces vallées, en particulier autour du confluent Chiers-Messancy, reposent sur un sol plus meuble, argilo-sableux, ce qui n’aide pas des canalisations anciennes déjà sous pression depuis des décennies. Ce n’est pas systématique dans chaque rue proche de la vallée, mais le constat revient assez souvent pour qu’on en tienne compte dès le premier appel.
