Le bâti de Frameries : cinq sections, cinq profils
La fusion de 1977 a réuni cinq communes aux histoires très différentes sous une même entité. Frameries-centre et La Bouverie portent l’empreinte la plus nette du bassin charbonnier : cités ouvrières construites par les charbonnages entre 1910 et 1960, maisons en briques rouges de style identique, colonne en fonte commune entre plusieurs logements d’une même rangée. Ces rangées de maisons ouvrières partagent souvent une seule descente d’eau pluviale et un seul collecteur d’eaux usées pour quatre à six habitations — une configuration qui signifie qu’un bouchon dans la colonne commune touche tous les voisins presque simultanément.
La Bouverie conserve aussi les traces d’une identité industrielle forte : les Couteaux Sainte-Mathilde, entreprise coutellière fondée au XIXe siècle, sont l’un des rares artisanats anciens qui n’aient pas complètement disparu de ce secteur. Dans les rues autour de la cité Sainte-Mathilde, les maisons ont le même profil que Frameries-centre : fonte d’origine, eau très dure, entretien quasi nul depuis la construction.
Exemple récent à La Bouverie, dans une rangée de maisons ouvrières construites entre les deux guerres : trois voisins ont signalé, à quelques jours d’intervalle, des WC qui refoulaient au rez-de-chaussée. Diagnostic caméra sur la colonne commune : entartrage sévère sur un tronçon de 8 mètres, avec un raccord fonte/PVC mal ajusté — installé lors d’une rénovation dans l’une des maisons et jamais vérifié dans les voisines. Un hydrocurage commun sur la colonne partagée a réglé le problème pour les trois logements en même temps, à un coût par foyer bien inférieur à trois interventions séparées.
Eugies est plus agricole, plus résidentiel, avec un sol argileux documenté depuis plusieurs siècles — on y faisait des briques avant de creuser du charbon. Les maisons y sont moins denses, les jardins plus grands, les configurations de canalisations plus variées que dans les cités serrées du centre. Noirchain, plus rural encore, et Sars-la-Bruyère, à la limite du Parc naturel des Plaines de l’Escaut, ferment l’entité vers le sud avec un profil de maisons individuelles et de fermes rénovées.
Noirchain, plus rural encore, et Sars-la-Bruyère, à la limite du Parc naturel des Plaines de l’Escaut, ferment l’entité vers le sud avec un profil de maisons individuelles et de fermes rénovées. Dans ces deux villages, la plupart des habitations récentes sont raccordées au réseau d’égouttage collectif, mais quelques fermes anciennes fonctionnent encore avec une fosse septique individuelle — souvent sans que le propriétaire actuel le sache avec certitude si le bien a changé de mains plusieurs fois. Un diagnostic téléphonique rapide avant de se déplacer suffit à clarifier la situation dans la quasi-totalité des cas.

L’entartrage calcaire : plus rapide ici qu’ailleurs
L’eau distribuée à Frameries par la SWDE est significativement dure — dans les 25 à 32°f selon les secteurs, parmi les plus élevées de la province de Hainaut. Ce chiffre correspond à une eau qui dépose du calcaire sur les parois des conduites en cuivre ou en fonte sensiblement plus vite que dans une commune comme Namur ou les Ardennes, où l’eau descend à 8–12°f. Sur une colonne en fonte d’après-guerre, ça représente une section qui se rétrécit de 1 à 3% par an dans les conditions les plus défavorables.
Ce n’est pas un défaut de construction — en 1958, les conduites installées rue de l’Agrappe étaient correctes. C’est simplement la durée normale de vie d’une canalisation en fonte dans une eau très calcaire, sans entretien préventif. La ventouse ne fait rien contre 60 ans de dépôt calcaire. Le furet fait mieux, mais ne nettoie pas les parois. Seul l’hydrocurage haute pression restitue une section utile comparable à l’origine.
La géologie de Frameries et ses conséquences sur les canalisations
À Eugies, le sol est en grande partie argileux, avec des affleurements de silex, grès et schiste documentés rue des Déportés et rue Baudouin. Un sol argileux est imperméable et se tasse différemment d’un sol calcaire ou sableux. Des canalisations enterrées dans de l’argile réagissent aux cycles humidité/sécheresse : le sol gonfle légèrement en hiver, se rétracte en été, et des raccords mal soudés finissent par développer de microfissures. Ces fissures permettent l’infiltration d’eau souterraine dans la conduite, ce qui change la nature du bouchon : ce n’est plus seulement un dépôt, c’est un problème structurel qui demande une réparation, pas juste un curage. L’argile d’Eugies avait d’ailleurs permis le développement de plusieurs briqueteries au XIXe siècle — un détail historique qui n’est pas sans rapport avec la composition du sous-sol encore présent sous les canalisations des maisons actuelles.
À Sars-la-Bruyère, en lisière du Parc naturel des Plaines de l’Escaut, le contexte est différent : des maisons plus récentes, souvent des années 1980–2000, avec des conduites en PVC raccordées à un réseau collectif étendu depuis les fusions. Moins de fonte vieillissante, mais davantage de racines d’arbres : les jardins bocagers de ce secteur rural ont des arbres à racines profondes qui longent les collecteurs enterrés depuis des décennies.
La Commune de Frameries a entrepris ces dernières années des travaux de réhabilitation de certaines portions de son réseau d’égouttage. Cette mise à jour est utile pour anticiper les zones de transition entre tronçons neufs et vieux : un raccord entre un collecteur récent en PVC et une vieille canalisation en grès est souvent le point où les bouchons récidivants s’installent.